Happy-Thérapie

Trop gras, trop salé ? Trop sucré !

Une volonté notable de se nourrir plus sainement anime aujourd’hui bon nombre d’entre nous. Que nous ayons pour objectif de préserver notre santé, notre environnement ou, mieux encore, les deux à la fois, nous sommes tous dans le besoin de conseils et de repères.

Malheureusement, si l’on se fie aux messages des industriels de l’alimentation, il y a de quoi perdre son latin voire carrément, partir dans la direction opposée à celle que l’on s’était fixée au départ. Quant aux autorités sanitaires, elles nous abreuvent de recommandations à un tel point génériques qu’elles peuvent laisser pantois… Ainsi, le fameux « pour votre santé, évitez de manger trop gras, trop sucré, trop salé » peut nous conduire à porter un regard dubitatif sur le contenu de nos placards et nous laisser dans un grand désarroi culinaire.

DÉDRAMATISER LA SITUATION

Une fois pointée du doigt cette sensation de se trouver dans un labyrinthe alimentaire truffé de pièges et d’embuscades tous plus sournois les uns que les autres, il faut tâcher de rationnaliser pour ne pas se laisser submerger et finalement renoncer à notre objectif.

Non, tout n’est pas bon à jeter dans notre cuisine. D’ailleurs, soit dit en passant, mieux vaut éviter de gaspiller. Alors, gardons un maître mot à l’esprit : équilibre.

Vous sentez revenir en force un « Mangez 5 fruits et légumes frais par jour » accusateur et moralisateur ? Pas exactement. Ne soyons pas trop durs avec nous-même, agrémentons cette notion d’équilibre d’une bonne proportion de variété et d’une certaine dose de fraîcheur. Une alimentation équilibrée ne se juge pas sur une journée. Commençons par améliorer nos habitudes sur une semaine, avant de placer la barre un peu plus haut. Retenons donc que manger des produits frais, variés et de saison va considérablement enrichir nos repas et compléter avantageusement les « prêts à consommer » que nous achetons régulièrement.

S’ATTAQUER AU BON PROBLÈME

Dans la lutte contre les maladies liées à la malbouffe, est particulièrement contre l’obésité, le gras a longtemps été considéré comme l’ennemi public numéro un. Cependant, depuis plusieurs années, de nombreuses études mettent en évidence les dangers du sucre, l’élevant souvent au rang de poison, aux méfaits ô combien plus grands sur notre santé que ceux du gras.

Trop présent dans les pâtisseries industrielles, caché dans de nombreux plats cuisinés, sauces, aides culinaires, jus de fruits etc… ses formes et compositions sont aussi variées que les dangers qu’il représente sont nombreux. Et ce sont souvent les enfants qui en font les frais les premiers !

La crainte de la simple carie dont on brandit la menace pour motiver nos bambins à se brosser les dents deux fois par jour au moins, est depuis longtemps dépassée. La consommation de sucre raffiné d’origine industrielle en France a été multipliée par 30 en 60 ans, passant ainsi de 1 à plus de 30 kilos par an et par personne ! Toutefois, comparaison n’est pas raison, mais elle peut guider notre réflexion. Ramené à une consommation journalière, on arrive plus ou moins 100 grammes de sucre. Alors que l’OMS recommande de ne pas dépasser 50 grammes de sucres avec un « s ». En parallèle on constate que l’obésité progresse ou tu du moins le surpoids (IMC > ou = à 25), ainsi que l’hypertension et le diabète. Outre le surpoids, il peut entraîner sur notre santé, des problèmes souvent insoupçonnés, tels que des troubles de la mémoire, de l’attention et de la concentration. Là encore, ne pourrait-on pas imaginer que le nombre de cas d’enfants jugés « hyperactifs » a progressé de concert avec l’augmentation de la consommation d’aliments industrialisés ?

Certaines études comparent le sucre à l’alcool en raison du fait qu’il peut conduire aux mêmes maladies que celui-ci, et plus globalement à une drogue tant il est addictif. Il semble plus qu’urgent d’en réduire drastiquement notre consommation. Mais quid du plaisir de déguster un excellent gâteau ? Toute forme de sucre est-elle à proscrire ?

IL Y A SUCRE ET SUCRE

Comme dans de nombreux domaines, le danger est dans l’amalgame. Il n’y a pas UN sucre mais bel et bien de nombreux sucres, aux caractéristiques et compositions très différentes.

Ainsi, comme nous sommes souvent portés à restreindre notre notion de sucre à celui qui est dans le sucrier, dit sucre de table, nous apaisons notre conscience en se disant que l’on en consomme trop peu pour que cela ne nous porte préjudice. Or, la vérité est ailleurs. La réalité est dans tous ces sucres que nous ingérons à notre insu, dissimulés sous des dénominations alambiquées ou des codes chiffrés, perdus dans la trop longue liste d’ingrédients de nombreux produits de consommation courante. Tous ces sucres dissimulés par les industriels dans le but inavoué de nous rendre simplement accros à leurs préparations, s’assurant ainsi que nous les ajoutons systématiquement, encore et toujours, au contenu de notre caddie.

Mais nous devons apprendre à différencier les sucres. Ceux qui sont naturellement présents dans les fruits, les féculents par exemple, nous sont indispensables. En revanche, tout ce qui implique le goût sucré, doit rester dans la catégorie des plaisirs à limiter. Nous pourrions même parfaitement vivre sans ! Mais voilà, chaque biscuit, soda, en-cas, même quand nous les pensons bien choisis alourdit l’addition de notre absorption quotidienne de sucre. Et quand, dans un sursaut de conscience, nous tentons d’en rester au fait maison, pensant que c’est un (grand) pas vers une alimentation mieux raisonnée, nous ne sommes pas toujours tout à fait sur le bon chemin.

MOINS ET MIEUX

Nous l’avons dit, la nécessité de baisser notre consommation de sucres (au sens élargi), devrait être une problématique majeure de santé publique. Les premiers et les plus dangereux ennemis de cette dernière sont les lobbies de l’industrie alimentaire. Alors, restons simples, mangeons, simplement, des produits sous leurs formes les plus naturelles possibles, non raffinés, non transformés. Préparons nous-même nos petits plats de tous les jours, comme nos douceurs de fêtes.

Faisons-nous plaisir mais choisissons bien nos sucres. La distinction entre sucre blanc et sucre roux est largement insuffisante.

Le sucre blanc, qu’il soit issu de la betterave ou de la canne à sucre, est un sucre raffiné. Les substances qui entrent dans ce processus obscur de raffinage, sont les vraies responsables de l’apparition du diabète. Il est composé à 100 % de saccharose, c’est-à-dire des calories, rien que des calories, aucun nutriment. Il sera donc très rapidement transformé en graisses, particulièrement stockées au niveau du ventre.

Le caractère roux de certains sucres n’est pas à lui seul un gage de qualité. Le sucre de canne roux l’est quand on lui conserve une partie des pigments présents dans la tige de la plante. Quand il est de betterave et roux, comme la vergeoise par exemple, il le devient par une opération de chauffage. Le sucre roux est donc nutritivement équivalent au sucre blanc, seul son goût change.

C’est donc vers des sucres plus complets et plus naturels (donc roux aussi mais pour d’autres raisons)  qu’il convient de se tourner. Ces sucres offrent l’avantage considérable d’être constitués de glucose et de nutriments (minéraux, oligo-éléments…) contrairement au sucre de table.

Rapadura
Muscovado
Miel

Le rapadura est le jus de la canne à sucre déshydraté. Il n’a subi aucune transformation ni raffinage, c’est ce qui donne cette couleur ambrée très foncée et explique qu’il soit humide avec une tendance à s’agglomérer. Solide, il est broyé en petits morceaux ou râpé, d’où son nom.

Le muscovado est un sucre roux lui aussi non raffiné. Purifié, filtré puis caramélisé, il doit sa teinte caramel à une forte teneur en mélasse, le résidu brun et visqueux non cristallisable du sirop de canne.

Le miel offre lui aussi une alternative intéressante au sucre à ajouter, dans le thé, le café, les compotes par exemple. Il est composé de 80 % de sucres et de 20 % de nutriments, il peut donc tenir une place de choix dans notre alimentation à condition d’être de qualité et bio dans le meilleur des cas.

LA MORALE DE L’HISTOIRE …

C’est que se passer complètement de sucre peut sembler infaisable à la majorité d’entre nous. Quelles que soient les raisons de cette impossibilité, elles ne doivent pas nous éloigner de notre objectif de mieux nous nourrir.

Même si nous nous accordons une certaine indulgence de temps en temps, n’oublions pas que chaque refus de céder à la tentation des solutions rapides proposées par les industriels, est  un pas de plus vers un monde meilleur. Alors, gardons un regard critique sur notre panier de supermarché, et d’ailleurs est-ce bien au supermarché qu’il faut le remplir ce panier ?

Mais ça, c’est une autre histoire…